Terre sans Frontière

Terre sans Frontière -

Printemps 2014

Ils étaient partis très tôt du petit chalet, à l’entrée de la Vallée de Munster, pour rencontrer le soleil dans la féérie toujours nouvelle de sa naissance. Déjà, quelques oiseaux les accompagnaient par leurs premiers cris à la lumière. Bientôt, le soleil s’en vint couronner discrètement les sommets, et tout ce qui dormait dans les ténèbres se réveilla lentement. Ce fut là-haut l’émerveillement du lever de l’aube, du soleil qui doucement caressait la plaine étendue et livrée.
Après ce temps d’enchantement; ils reprirent la marche à travers les chemins de montagne qui, parfois, les menaient le long des ruisseaux, en escaladant les collines, en empruntant de vieux chemins de crête, en traversant hameaux et
forêts, contournant la tour d’un château en ruine encore debout et faisant halte à flanc de coteaux près d’une source qui chantait silencieusement.
Ils marchaient ainsi, heureux et joyeux. Marcher longuement crée un sentiment de liberté. Car par la marche nous sommes dehors, tout entiers à la route, dans une douce euphorie qui fait se dissiper peu à peu la fatigue. Percuter la terre, c’est aller de l’avant en luttant contre la pesanteur.
C’est en marchant que l’être humain trouve sa dignité. Mettre un pied devant l’autre est un acte sans cesse nouveau. La marche, acte simple et élémentaire, ouvre le corps, l’esprit et tout l’être à sa réalité tangible et cachée. L’homme est ainsi fait pour le déséquilibre, car il n’est vivant que s’il ne cesse de quitter l’empreinte d’un pas pour imprimer l’empreinte d’un autre.
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Ce qui est vrai pour l’individu l’est aussi pour tous ceux qui, rassemblés, veulent agir, créer de nouveaux chemins et mettre debout.
C’est en avançant, en se remettant sans cesse en question, que Terre Sans Frontière fait une provision, un plein de souffle, de lumière, d’écoute, de rencontres, de terre et de vie. Dans cette si longue marche, nous faisons preuve de volonté, de dynamisme et de l’énergie qui nous habite.
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Nous avançons certes, mais dans l’alerte lenteur de la maturité et de l’épanouissement. Comme l’enfant qui grandit lentement, la vie de nos engagements s’ouvre et s’épanouit avec mesure. Patience et persévérance font germer et émerger la richesse qui nous habite. Les marcheurs sont riches de la lenteur qui ouvre les portes de la vie, à l’opposé du monde en état d’urgence perpétuel.
Marcher et prendre le temps qu’il faut d’endurance, au rythme de la vie, c’est l’ample lenteur des saisons qui avancent avec liberté et confiance. C’est la joie et le poids de nos vies de créer et de chercher notre chemin avec maturité et élan.
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Ensemble, à Terre Sans Frontière, nous avançons dans une fidélité continue, avec passion et sans résignation. Il n’y a de chemin que là où il y a quête et désir toujours nouveaux. Nous prenons le chemin vers un mûrissement toujours
printanier; Car la sève pousse l’arbre vers le haut, jusqu’aux fleurs et aux fruits.
Au cours des années, la force de nous émerveiller, malgré tant de gens désabusés ou médiocres, est dans notre engagement constant, inébranlable, jamais lassé, sûr pour toujours de mettre debout.
Chaque rencontre, chaque don, chaque lettre, chaque présence, apporte une aventure chargée d’espoir. La confiance qui, avec grandeur et simplicité, nous fait aller de l’avant, réside dans un élan réfléchi pour laisser le germe devenir gerbe et le grain semé devenir moisson. Allons ensemble de l’avant, avec l’alerte lenteur d’un printemps toujours jeune.

René Xavier NAEGERT dit le Pope