Terre sans Frontière

Terre sans Frontière -

Automne 2014

Toutes les trente secondes, images et affiches changent sur les grands panneaux qui, aux carrefours des villes, font nuit et jour l’incessante publicité. Ces affiches mouvantes attirent le regard et, parfois au feu vert, les automobilistes tardent à repartir, essayant d’attraper avant qu’elle ne change l’image qui veut les séduire.
Et pourtant, dans un charmant village, non loin de la ville, j’ai vu récemment encore des colleurs d’affiches, étonnants dans leur agilité et leur rapidité, coller leurs messages publicitaires aux façades.
Tels des saltimbanques ils tiraient, on ne sait d’où, leur seau de colle et leurs immenses balais à rallonge. Avec des gestes de chef de fanfare ou de souffleur de verre, ils dirigeaient leurs outils trois mètres plus haut, posaient l’affiche, la dépliaient d’un coup de brosse, l’ouvraient et la collaient à distance sans faux-pli ni déchirure…

Coller des affiches dans le ciel, dessiner de nouveaux sentiers vers un ailleurs de rêve – la tentation est souvent grande pour chacun de nous de limiter son engagement à des mots ou à des constructions aériennes.
Loin de nous laisser enfermer par des habitudes ou la facilité, par des modes passagères – qui se démodent…-, nous avons à Terre Sans Frontière la volonté d’inventer, d’articuler de nouveaux chemins de rencontre et d’engagement. Notre assemblée générale, nos régulières mises au point, nos actions ne voudraient que tendre vers un renouveau tou-
jours recréé.
Avant l’appel aux dons pour nos actions et nos projets, nous n’avons de cesse de faire vivre l’audace créatrice, la spontanéité inventive, la ténacité de nos choix qui nous permettent l’engagement pour ceux qui sont écrasés par la chaîne implacable des événements personnels ou économiques.
Rencontrer et s’engager pour quelqu’un, c’est espérer en lui. Vouloir rencontrer les visages du malheur et du désespoir, écouter ceux qui n’ont jamais la parole, est l’affirmation de la richesse de chacun et de son originalité. Toute rencontre avec l’autre fait sauter les verrous et ouvre des portes. On ne va pas vers lui pour lui offrir des solutions toutes faites mais pour partager et chercher ensemble.
S’engager, ce n’est pas l’affaire d’un moment, mais une conduite quotidienne qui nous ouvre à une histoire imprévue et imprévisible. Devant l’immense chantier du monde, nous voulons à Terre Sans Frontière essayer de dégager la liberté de ses enlisements et consentir aux lentes maturations d’une histoire qui se fait et à laquelle nous apportons notre modeste contribution.

S’engager, c’est accepter que les rencontres ponctuent nos vies. Elles ne sont vraies, riches, profondes et durables que si nous passons d’un accueil superficiel et statique à un accueil dynamique, à la mobilisation de toutes les forces, pour agir ensemble là où nous pouvons intervenir. Dans le désert des grandes pauvretés d’aujourd’hui, dans le désarroi du monde, dans la morosité ambiante, nous voudrions quitter le plat pays des certitudes trop faciles, des unanimités trompeuses, pour travailler, là où nous sommes, et combattre la résignation et l’étouffement.
Il nous faut partir vers le liséré lumineux de l’horizon, en hommes engagés, libérés des mots vides et attentifs aux lueurs d’une espérance nouvelle.

René Xavier NAEGERT dit le Pope