Terre sans Frontière

Terre sans Frontière -

Automne 2013

A peine revenus de leur long périple au Ladakh, et dans les contreforts de l’Himalaya, ils étaient venus partager avec nous l’éblouissement des montagnes bleuies de froid et des vallées intérieures qui s’étendaient entre les sommets comme un tapis de feutre. Le passage des précipices vertigineux les avait fait frémir de peur. A des altitudes de plus de 3000 mètres, montagnes et rochers semblaient démesurément infinis.
 
Plus encore que la rencontre merveilleuse qui se fit entre eux, citadins d’Occident, et la population des montagnes la gentillesse, la bonne humeur , le sens de l’humour de ceux qui les accueillaient, les touchèrent au plus profond. Les rochers de l’Himalaya, figés pour l’éternité, disent la part mystérieuse et presque infranchissable de notre univers de rêve.
 
Sommets stables, quand roulent les siècles, les torrents, les tornades, les tourments de notre planète. Toujours surgissant, immobiles, triomphants, ils sont pleins de paix et de sûreté. Pierre figée dans la nuit, comme tombée de l’espace, ils marquent la limité du temps. Pierres et rocs prennent mille et une formes pour nous dire les merveilles du passé, la beauté de la permanence. Ils tissent dans notre imaginaire le lien entre le ciel et les hommes, et leur solidité se fait l’allié rassurant de notre fragilité.
 
Etrange fascination des hommes pour les sommets, comme si dans la brutalité invincible des pics les hommes voulaient par la force de leur regard et par leur volonté ouvrir des vallées, creuser dans le roc la marque de leur présence. L’homme veut vaincre, se confondre avec les falaises et les montagnes, chercher les cachettes des cavernes et des vallées. Il suit la fissure des rochers éclatés par la chaleur, il creuse de grandes plaies dans les carrières pour faire de nouvelles pierres. « Ponts de pierres pour relier. Pierres des cathédrales à l’assaut du ciel. Pierres des pyramides défiant l’usure des vents. Pierres des temples, mégalithes des civilisations éteintes. Pierres d’achoppement, pierres de taille, pierres d’angle, blocs énormes… »
 
Dans le monde où nous vivons, pics et murailles semblent créer d’infranchissables obstacles. Pierres vivantes, pierres de rêves et d’actions qui nous provoquent et nous donnent la volonté d’agir. Les années passent, mais neuve et entière reste toujours la passion qu’il faut redécouvrir pour gagner les sommets. C’est un feu qui nous entraîne au plus vivant de nous-mêmes, malgré les souffrances, les échecs et la tiédeur de nos vies. Parfois, en escaladant les sommets on tâtonne dans l’obscurité et la route à suivre est mangée par des bancs de brume. Malgré l’horizon qui semble fermé, il faut réveiller le feu sous la cendre et croire en l’aventure toujours neuve. Retrouver la passion, c’est refuser les enfermements cachés de la tiédeur.
 
A Terre Sans Frontière, nous voulons sans cesse nous laisser interroger et vivre notre engagement de solidarité avec passion. C’est comme un rayon de soleil et d’inaltérable jeunesse au cœur de nos défis.
 
Travailler pour une terre sans frontière est un choix dans la fidélité de nos engagements. Aurore toujours neuve, prête à surgir entre les montagnes. L’écorce des jours se brise alors sous la poussée de la passion . Au milieu des sommets à atteindre, c’est toujours une aventure du cœur qui nous porte à des horizons nouveaux.
 
René Xavier NAEGERT dit le Pope
edito05