Terre sans Frontière

Terre sans Frontière -

Automne 2012

En ce beau dimanche d’automne, parents, enfants et des amis étaient sortis pour une longue randonnée. Le soleil brillait encore fort au-dessus de la grande plaine au pied des Vosges, malgré les premiers signes de l’automne.

Enfants et adultes restaient un instant éblouis de la beauté de l’espace devant eux, au-delà de tout ce que les mots peuvent dire. Sur la courbe de l’horizon, la plaine s’étendait, comme un grand tapis. Les collines, adossées aux Vosges, descendaient en pente douce vers la plaine. De là-haut, elles offraient une véritable mosaïque de terrains argileux ou calcaires, restes de dépôt marins remontant à plus de cent soixante millions d’années. Au loin, sur les pentes bien exposées au soleil, les vignes flamboyaient encore, avec leurs couleurs automnales, alors que des vergers occupaient des prés.

La terre maternelle, avec son intarissable capacité à porter du fruit, fait partie du monde créé. Elle porte et nourrit les hommes comme une mère porte ses enfants. Aimer la terre des hommes, c’est entrer en communion avec l’immensité de l’être.

Signe de la terre entière, elle était là, la plaine, ouvrant les esprits et les cœurs à l’univers. Or il y a un lien profond, réel et essentiel entre la passion de la solidarité humaine, de la volonté de mettre les hommes debout et le respect de la terre des hommes. On ne peut dissocier partage avec les pauvres et respect de la terre. La volonté écologique et la question sociale sont les aspects d’un même ordre, d’un même enracinement, d’une même vision. Une écologie des rapports humains suppose un respect plus vrai de la terre, comme un trésor vivant, toujours à redécouvrir et à respecter. L’aventure humaine, l’humanité, notre habitation de la terre, sont inséparables de l’ensemble du cosmos, des étoiles et de la terre. Crise écologique et crise de l’humain sont profondément liées. Car la manière d’habiter la terre conditionne aussi la place de la justice, de la solidarité entre les hommes.

Pour la première fois dans l’histoire, l’humanité prend conscience que la violence qui sévit entre les nations et entre les hommes se tourne aussi contre la nature. Elle découvre le lien profond et fragile qu’il y a entre son habitation et sa dignité. Elle découvre aussi que le milieu naturel qui la porte et la terre qu’elle foule sont plus qu’une réserve de ressources qu’elle pourrait exploiter à sa guise, sans autres conséquences pour elle-même et ses enfants. L’être humain et la terre sont en profonde relation. La passion des êtres humains, l’environnement, l’écologie, la volonté d’une terre sans frontière sont intimement liés. La seule voie porteuse d’avenir est celle du respect, de la modération dans l’avoir, du partage, de la solidarité et du combat pour la dignité humaine et pour la justice.

Avec patience et passion, ténacité, liberté et modestie, nous voulons, avec ceux qui veulent la dignité de tout homme, remettre en question, aider à susciter le mouvement profond qui déblaye, laboure et prépare la terre pour de nouvelles saisons.

René Xavier NAEGERT, dit le Pope
edito03