Terre sans Frontière

Terre sans Frontière -

Printemps 2012

La journée était magnifique. Les Vosges, teintées de pastel, se découpaient sur le ciel bleu et sur le vert clair des prairies renaissantes. Des nouvelles petites fleurs encore timides exerçaient leur pouvoir de séduction sur les jeunes marcheurs qui s’étaient mis en route de bon matin. Malgré la précocité de la saison, il y avait dans l’air des odeurs douces et puissantes, odeurs de la terre qui faisaient leur chassé-croisé à quelques centimètres du sol. Dans les sentiers que les nomades du matin prenaient de temps à autre, il y avait de petits chemins qui partaient entre les buissons d’épines et les herbes, pour se retrouver avec les arbres dont les feuilles naissantes vibraient à peine. L’arbre, qui à travers les années, faisait son voyage vertical, à travers l’air, branche après branche, feuille après feuille, tandis que, sous la terre, ses racines grandissaient, creusaient leur galerie et s’agrippaient à la roche du Taennchel magique que le groupe escaladait vers les rochers mystérieux où le vent glissait à travers les brindilles en imitant le bruit de l’eau.

A travers ce paysage, le joyeux groupe avançait d’un pas régulier et ferme. Marcher, c’est ce mouvement premier par lequel l’homme se met debout et se déplace en liberté. Qui d’entre nous ne s’est pas émerveillé des premiers pas d’un enfant, – quels sont les parents qui n’ont pas accueilli avec tendresse et fierté leur enfant qui, après quelques pas maladroits, venait se réfugier dans leurs bras ?

La marche est la vocation naturelle de l’homme en mouvement. Un pas devant l’autre, il se met en route, va, avance, retrouve l’ardeur et la joie des commencements, le dynamisme des nouveaux départs. Elle est une échappée loin des routines, une nouvelle ouverture au monde avec un regard lavé. Dans le monde d’aujourd’hui, de l’utilité », du rendement et de l’efficacité, la marche est comme un acte de résistance qui privilégie la curiosité, l’amitié et la liberté. Elle est aussi pour chacun la marque d’une identité. Il n’est au monde deux personnes qui marchent de façon identique : les positions et les innombrables réflexes permettent à chacun et à sa manière l’équilibre du corps que le pas précédent lui faisait perdre.

De même, ce n’est que dans une volonté profonde d’avancer que chacun de nous, que chaque association, que tout groupe, trouve sa richesse et son enthousiasme. C’est un voyage sans fin, avec une liberté au-delà de ce que tous les mots peuvent dire, une pressante passion de ne pas rester sur place. Parfois, on est prisonnier d’habitudes et de forteresses de routines, mais il y a dans la manière d’avancer une liberté, une volonté qui échappe à tous les rêves et toutes les paroles.

Ensemble, agissant, rassemblés, nous ne marchons pas seuls. Nous risquons librement et volontairement nos pas à la suite de ceux qui ont sillonné la terre des hommes au long des temps et se sont engagés pour une terre sans frontières. Avancer ensemble, avec courage, avec simplicité et une passion des autres neuve et désintéressée, avec patience et discernement, est une aventure et un défi à la pesanteur. A notre manière, détachée et fidèle, nous avançons ainsi pour une Terre Sans Frontière.

René Xavier NAEGERT dit le Pope.
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