Terre sans Frontière

Terre sans Frontière -

Automne 2011

Ce matin là, c’était dans le petit jardin près de l’autoroute, non loin des grands immeubles et d’un nouveau chantier, la très belle clarté d’un jour qui s’annonçait magnifique. Dans les couleurs de l’automne la lumière était belle, pure, lisse, douce comme l’eau, une lumière pleine de force. Les fleurs illuminaient encore le monde comme des étoiles. Elle brillait aussi, cette lumière dans le sourire du petit garçonnet qui était là avec son père dans le carré des légumes frais, encore rassasiés de l’eau des pluies récentes, portant silencieusement l’odeur profonde de la terre mouillée.

Juste à côté, des ouvriers-maçons travaillaient à élever des cloisons entre les différentes parties de l’immeuble en construction. Une haute grue découpait régulièrement et silencieusement l’espace et déposait les panneaux aux pieds des ouvriers qui, sous leurs casques de couleur, les bras durcis par le travail, les recevaient. Le grand bâtiment s’élevait imperceptiblement, jour après jour, et donnait forme à ce qui, au début, ne semblait qu’un chantier informe.

Il faut beaucoup de confiance en l’avenir et de maîtrise de l’espace, de projets clairs et définis, pour construire. Ce qui est vrai pour la construction d’immeubles et pour l’architecture, l’est aussi dans toute relation humaine. Construire ensemble, dans une famille, dans un groupe ou dans une association, c’est un acte de confiance et de jeune audace. Il faut en effet de l’audace pour oser aller de l’avant, pour s’affranchir du poids du passé et des peurs, il faut de la volonté et du feu pour construire une communauté et pour vouloir une terre juste et sans frontières.

Mais, s’il faut des architectes et des maçons, il faut aussi des jardiniers et des poètes, pour le souffle et l’horizon qui dilatent le cœur humain à l’infini. Que serait le monde s’il n’y avait que techniciens, logisticiens, fût-ce pour la lutte contre la misère et la détresse – que serait le monde s’il n’y avait pas jardiniers, artistes, clowns et saltimbanques, s’il n’y avait pas l’air, l’espace et l’ouverture vers les étoiles ?

Les sentiers de nos actions ne mènent nulle part si nous ne croyons pas que dans la petite goutte d’eau l’océan est présent. L’oiseau que Terre Sans Frontière porte depuis près de cinquante ans dans son sigle annonce à la fois le mouvement aérien et vertical qui dit la liberté du cœur et le frémissement d’un monde toujours en genèse, oiseau de flammes et de feu. Il est aussi celui des étincelants labours de la terre malgré sa pesanteur vers le ruissellement d’une aube de rosée et d’un horizon nouveau et sans frontières.

René Xavier NAEGERT
dit le Pope
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